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les révolutions de 1917 à 1921
La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

Vivre avec les loups, hurler avec les loups
Izvestia N° 12 - Lundi 14 mars 1921
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On était en droit d’attendre qu’au moment décisif du combat des travailleurs pour leurs droits bafoués, Lénine ne soit pas hypocrite et qu’il dise la vérité.

D’une certaine manière, l’opinion des ouvriers et des paysans faisait une différence entre Lénine d’une part, Trotski et Zinoviev de l’autre.

Si l’on ne croyait pas un traître mot de Zinoviev ni de Trotski, la confiance en Lénine n’était pas encore perdue.

Mais...

Le 8 mars s’est ouvert le Xe congrès du P.C.R. et Lénine répète le mensonge habituel des communistes au sujet de Kronstadt en révolte [1] . Il déclare que le mouvement a comme mot d’ordre la "liberté du commerce", et s’il ajoute : "Le mouvement est favorable aux Soviets et contre la dictature des bolcheviks", il n’oublie pas de mentionner "les généraux blancs et les éléments anarchistes petits-bourgeois" . Nous le voyons, Lénine, par ces saletés, s’embrouille lui-même : il laisse échapper que la racine du mouvement est la lutte pour le pouvoir des Soviets et contre la dictature du parti.

Dans sa confusion, il continue : "Ceci est une contre-révolution d’un genre nouveau. Tout insignifiantes que puissent paraître à première vue les corrections qu’on veut apporter à notre politique, elle est extrêmement dangereuse."

Et il a de quoi avoir peur. Le coup infligé par les Kronstadtiens révolutionnaires est dur et les meneurs du parti, qui ont passé toutes les bornes, sentent proche la fin de leur autocratie. L’extrême confusion de Lénine perce ainsi à travers tout son discours sur Kronstadt. Les mots "dangereux" et "danger" reviennent à tout instant.

Il dit : "Afin d’en finir avec ce danger petit-bourgeois extraordinairement dangereux pour nous, car, au lieu d’unir le prolétariat, il le désunit, nous devons avoir le maximum de cohésion."

Oui, le chef des communistes tremble et appelle au "maximum de cohésion", car ce n’est pas seulement la dictature communiste qui se fissure, mais le parti lui-même.

De façon générale, Lénine peut-il dire la vérité ? Il n’y a pas si longtemps, lors d’une réunion contradictoire sur les syndicats, il disait : "Tout cela m’ennuie à mourir, et si je n’étais pas malade, j’abandonnerais tout et fuirais n’importe où !"

Mais ses complices ne le laisseront pas fuir. Il est leur prisonnier et doit calomnier tout comme eux. D’autre part, la politique même du parti est telle que sa mise en pratique est entravée par Kronstadt, qui exige non pas la "liberté du commerce", mais le pouvoir authentique des Soviets.

Notes :

[1Cf. Lénine : "Discours sur les syndicats", Œuvres complètes, tome 32, page 219, Éditions en langues étrangères, Moscou. 1962




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