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les révolutions de 1917 à 1921
La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

Le prétendu socialisme
Izvestia N° 14 - Mercredi 16 mars 1921
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Pendant la Révolution d’Octobre, les marins, soldats rouges, ouvriers et paysans versèrent leur sang pour le pouvoir des Soviets, pour l’édification d’une République du Travail.

Le parti communiste a bien su s’emparer du désir des masses et, inscrivant sur son drapeau des mots d’ordre séduisants qui émouvaient les travailleurs, les entraîna à sa suite et leur promit de les mener au royaume radieux du socialisme, qu’eux seuls, les bolcheviks, sauraient construire.

Naturellement, une joie sans bornes gagna les ouvriers et les paysans. L’esclavage, le joug des propriétaires fonciers et des capitalistes va enfin sombrer dans la légende, pensaient-ils. Il semblait que le temps était venu du travail libre dans les campagnes, les ateliers et les usines.. Il semblait que le pouvoir était passé aux mains des travailleurs.

Mais une propagande adroite entraînait les enfants du peuple laborieux dans les rangs du parti, où on les entravait dans une discipline de fer. Sentant leur force, les communistes écartèrent d’abord et peu à peu du pouvoir les socialistes d’autres obédiences, puis repoussèrent du timon du navire de l’État les ouvriers et les paysans eux-mêmes, au nom desquels ils continuaient cependant de gouverner le pays.

Ce pouvoir usurpé, les communistes le remplacèrent par la tutelle et l’arbitraire des commissaires, maîtres de l’âme et du corps des citoyens de la Russie Soviétique. Ils commencèrent, en dépit du bon sens et contre la volonté des travailleurs, à bâtir avec opiniâtreté un socialisme étatique et esclavagiste au lieu du règne de la liberté du travail.

Laissant se relâcher le ravitaillement sous "contrôle ouvrier", les bolcheviks s’occupèrent de nationaliser usines et ateliers. D’esclave du capitalisme, l’ouvrier devint esclave des entreprises d’État. Mais cela ne suffit pas. Ils projetaient d’appliquer un système de travail infernal, le taylorisme.

La paysannerie laborieuse tout entière était désignée comme ennemi du peuple, assimilée aux koulaks. Les hardis communistes entreprirent de dévaster le pays et d’instaurer l’économie soviétique, de tailler les domaines du nouveau propriétaire foncier — l’État. Voilà ce que gagna la paysannerie, sous le socialisme bolchevik, au lieu de travailler librement une terre libérée.

En échange du pain complètement réquisitionné, des vaches et des chevaux qu’on leur a enlevés — les visites des tchékistes et les fusillades. C’est le bon échange des marchandises dans l’État du Travail : contre le pain, du plomb et des baïonnettes !

La vie du citoyen devint ennuyeuse à mourir, une vie nationalisée, une vie réglée d’après l’horaire des autorités toutes-puissantes. A la place du libre développement de la personnalité, de la vie libre et travailleuse, prit naissance un esclavage inouï, jamais vu encore. Toute pensée libre, toute critique légitime des actions des dirigeants criminels devint un crime châtié de la prison et souvent de la mort.

Dans la "patrie socialiste" commença à fleurir la peine de mort, cet outrage à la dignité humaine. Le voilà, le règne radieux du socialisme où nous a menés la dictature du parti communiste. Nous avons obtenu un socialisme d’État avec des soviets formés de fonctionnaires qui votent docilement selon les consignes du comité de parti et des infaillibles commissaires.

Le mot d’ordre "Qui ne travaille pas ne mange pas" fut inversé sous le nouvel ordre soviétique : tout aux commissaires, et les ouvriers, les paysans et les travailleurs intellectuels durent se contenter dans un climat carcéral d’un travail incessant et indifférent.

Cela devint insupportable, et Kronstadt la Révolutionnaire, la première, brisa ses fers et descella les barreaux de sa prison, se battant pour un socialisme d’un autre genre, pour la République Soviétique du Travail, où le producteur lui-même deviendra le distributeur et l’administrateur tout-puissant des fruits de son travail.




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