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les révolutions de 1917 à 1921
La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

Trotski – A propos des événements de Cronstadt, interview à la presse étrangère – Pravda 16 mars 1921
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Le fait que la révolte de Cronstadt coïncide avec la signature imminente de la paix avec la Pologne et avec celle de l’accord commercial avec l’Angleterre, n’est évidemment pas le fait du hasard. Trop de forces importantes, non pas tant par leur nombre que par leur poids politique, en France, dans l’émigration russe, et aussi en Pologne et en Angleterre, ont intérêt à faire échouer la signature du traité de paix et l’accord commercial.

Vous savez probablement que, dans une série de journaux étrangers, dont Le Matin, l’annonce d’un soulèvement à Cronstadt a paru à la mi-février. c’est-à-dire à un moment où Cronstadt était parfaitement calme. Comment cela s’explique-t-il ? Très simplement. Les centres des complots contre-révolutionnaires se trouvent à l’étranger. Des liens extrêmement étroits, et qui n’ont évidemment rien de platoniques existent entre ces centres des émigrés russes et des groupes européens de l’impérialisme et de la presse non moins bien connus. Les organisateurs russes de la contre-révolution ont promis d’organiser une révolte et la presse de scandales et de la Bourse, impatiente, écrit à son sujet comme s’il s’agissait d’un fait établi.

Sur la base de l’information parue dans Le Matin, j’ai prévenu mes collaborateurs de la marine à Petrograd, me souvenant à cette occasion que, l’année précédente, la presse étrangère avait publié la nouvelle tout à fait inattendue pour nous d’un coup d’Etat à Nijni-Novgorod et de la formation dans cette ville d’un gouvernement Tchernov-Spiridovna, et qu’un mois environ après la parution de cette information une tentative de coup d’Etat eut effectivement lieu à Nijni.

Ainsi, la presse impérialiste, non seulement donne tout à fait consciemment une énorme quantité de fables sur la Russie, mais aussi, de temps à autre, annonce à l’avance, avec une précision certaine, des tentatives de coups d’Etat en différents points de la Russie soviétique. Les agents impérialistes dans la presse "prédisent" ce que d’autres agents impérialistes ont pour mission de réaliser.

Cronstadt a été choisi comme le lieu le plus proche de l’Europe et de Petrograd. Etant donné que, dans la situation internationale de la République, la flotte de la Baltique ne pouvait jouer un rôle tant soit peu actif, sa composition en hommes s’est inévitablement appauvrie. Beaucoup de marins révolutionnaires qui avaient joué un rôle important dans la révolution d’Octobre 1917 avaient été depuis lors transférés dans d’autres centres d’activité. Ils avaient été remplacés dans une large mesure par des éléments de fortune parmi lesquels il y avait un nombre relativement élevé de marins lettons, estoniens et finnois qui considéraient leur service comme une occupation temporaire et dont la majorité, en outre, se désintéressait de la lutte révolutionnaire. Cette circonstance a évidemment facilité le travail des organisateurs du complot. Ils ont exploité un conflit local particulier et l’ont élargi de telle sorte que, pour une partie des marins, il ne leur était déjà plus possible de reculer. Par suite de la passivité de la garnison et de la population qui n’ont même pas eu le temps de comprendre ce qui se passait, les mutins se sont emparés de l’importante artillerie de la forteresse et de deux navires.

Les informations concernant un coup d’Etat à Petrograd et le bombardement de Petrograd à partir de Cronstadt sont des inventions stupides. Petrograd est tout aussi inaccessible à un coup d’Etat contre-révolutionnaire qu’à l’artillerie de Cronstadt.

Que la liquidation de la révolte de Cronstadt ait pris du temps s’explique par les mesures que nous avons adoptées pour éviter des victimes inutiles à nos unités et épargner la population pacifique et la garnison de Cronstadt qui n’avait pas participé à la révolte. Nos pertes, dues à l’artillerie de Cronstadt, sont, jusqu’à présent, tout à fait négligeables.

J’ai oublié de rappeler que ce sont les socialistes-révolutionnaires qui sont apparus comme les organisateurs avoués de la révolte, mais derrière eux, se sont aussitôt dressés des personnages beaucoup plus sérieux : des généraux contre-révolutionnaires dont les liens, passant par la Finlande et l’Estonie, vont jusqu’aux centres impérialistes. Penser que les socialistes- révolutionnaires (ou les mencheviks) sont capables de former un gouvernement en Russie, c’est avoir sur la situation intérieure et internationale du pays les idées de Mister Pickwick. Le rôle historique des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks consiste à tenter de mettre en selle la contre-révolution russe en tant qu’agent de l’impérialisme mondial.

Tant que la Russie sera entourée de pays bourgeois où se trouvent des cliques puissantes que rien n’arrête dans leur volonté de porter des coups à la république ouvrière, des événements semblables à ceux de la révolte de Cronstadt sont tout à fait inévitables et ils se répéteront vraisemblablement à plusieurs reprises à l’avenir.

Mais rien ne nous oblige à mettre en doute que la révolution prolétarienne réussira à l’avenir à repousser de telles tentatives, comme elle l’a fait jusqu’à maintenant.

P.S. :

Source : Lénine-Trotsky, Cronstadt, Cahier Rouge n°7, Edition de la Taupe, 1976




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