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les révolutions de 1917 à 1921
La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

La boucherie de la guerre de 14-18 accouche d’un monde qui se révolte.

le 24 février 1917
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En janvier 1917 la situation devint intenable. Le chaos économique, la misère de la population travailleuse, la désorganisation sociale atteignirent un point tel que les habitants de quelques grandes villes - Pétrograd, notamment - commencèrent à manquer non seulement de combustibles, de vêtements, de viande, de beurre, de sucre, etc., mais même de pain.

Dans le courant du mois de février cette situation s’aggrava encore. En dépit des efforts déployés par la Douma, les " zemstvos ", les municipalités, les Comités et les Unions, non seulement la population des villes se vit vouée à la famine, mais encore l’approvisionnement de l’armée devint tout à fait défectueux. Et, en même temps, la débâcle militaire s’avérait complète.

Fin février, il était absolument et définitivement impossible pour le pays - impossible matériellement et moralement - de continuer 1e guerre. Et il était absolument et définitivement impossible pour la population laborieuse des villes de se procurer des vivres.

Le tzarisme ne voulait rien savoir. Aveuglément, il s’obstinait à faire tourner la vieille machine, complètement détraquée Et en guise de remède, il recourait, comme toujours, à la répression, à la violence contre les hommes actifs ou les militants des partis politiques.

C’est de l’impossibilité, pour le peuple, de continuer la guerre et de traîner une existence de famine, d’une part, et de l’obstination aveugle du tzarisme, d’autre part, que naquit la Révolution, deux ans et demi après " le grand enthousiasme ".

Le 24 février des troubles commencèrent à Pétrograd. Provoqués surtout par le manque de vivres, ils ne paraissaient pas devoir s’aggraver. Mais le lendemain, 25 février 1917 (vieux style), les événements prirent une tournure aiguë : les ouvriers de la capitale, se sentant solidaires avec le pays entier, se trouvant en extrême agitation depuis des semaines, affamés et ne recevant même plus de pain, descendirent en masse dans les rues, manifestèrent bruyamment et refusèrent net de se disperser.

Ce premier jour, toutefois, les manifestations restèrent prudentes et inoffensives. En masses compactes, les ouvriers, avec leurs femmes et enfants, remplissaient les rues et criaient : " Du pain ! Du pain ! Nous n’avons rien à manger ! Qu’on nous donne du pain ou qu’on nous fusille tous ! Nos enfants meurent de faim ! Du pain ! Du pain ! "

Le gouvernement dépêcha contre les manifestants, en plus de la police, débordée, des détachements de troupes à cheval, des cosaques. Or, il y avait peu de troupes à Pétrograd (sauf des réservistes, peu sûrs). Ensuite, les ouvriers ne furent nullement effrayés : ils offraient aux soldats leurs poitrines ; ils prenaient leurs enfants sur les bras et criaient aux soldats : " Tuez-nous tous si vous l’osez ! Mieux vaut mourir d’une balle que crever de faim !... " Enfin - et ce fut le point capital dans l’affaire - presque partout les soldats, sourire aux lèvres, trottaient prudemment à travers la foule, sans faire usage de leur armes, sans écouter le commandement des officiers. Ceux-ci d’ailleurs n’insistaient pas. Par endroits, les soldats fraternisaient avec les ouvriers, allant même jusqu’à leur remettre leurs fusils, descendre de cheval et se mêler au peuple. Naturellement, cette attitude des troupes encouragea les masses.

Çà et là, pourtant, la police et les cosaques chargèrent des groupes de manifestants porteurs de drapeaux rouges. Il y eut quelques tués et blessés.

Dans les casernes de la capitale et de la banlieue les régiments en garnison hésitaient encore à prendre parti pour la Révolution. Et le gouvernement de son côté, hésitait à les faire sortir pour la combattre.

Voline http://kropot.free.fr/Voline-revinco-I.htm#3.2


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